Les coureurs du monde entier traversent les océans pour inscrire leur nom au palmarès de cette
épreuve hors normes. Boucler l’Ultra trail du Mont-Blanc, François Bret était to-ta-le-ment
déterminé. 171 kilomètres, 10 300 mètres de dénivelé positif, autant en négatif, 3 pays traversés,
"La" course mythique… une des plus belles au monde mais franchement exigeante !


A 68 ans, la performance de François, Frouny pour les proches, résonne comme un véritable exploit
alors que le triple vainqueur de l’épreuve, le célébrissime Kilian Jornet était, cette année, contraint
de s’arrêter au 84e kilomètre. Un jeunot pour notre coureur qui figurait parmi les 10 plus âgés des
finishers et 2 e de son âge.
En amont, 4 années de préparation. Figurer parmi les 2 600 coureurs autorisés à prendre le départ
n’est déjà pas simple ! Terminer 3 Ultra Trails de plus de cent kilomètres au cours des 20 mois
écoulés ne suffit pas. Encore faut-il passer le barrage du tirage au sort qui entérine la liste des
participants. 3 tentatives pour François avant de voir son nom figurer sur la liste des chanceux. Dans
l’intervalle, il lui aura fallu, à chaque fois, reconquérir les points lui permettant de postuler à
nouveau. Au total, c’est donc onze autres Ultra effectués à cette seule fin.
Première tentative en 2017 : François Bret prend le départ mais est contraint d’abandonner, sur
blessure, au 79 e kilomètre. A nouveau tiré au sort en 2018, il s’engage malgré une préparation
largement tronquée à cause d’un tendon d’Achille douloureux, problème malheureusement devenu
quasi chronique. « C’est vrai, l’UTMB, mon "Graal", est vraiment mythique. Les paysages peuvent être
fabuleux au lever et au coucher du soleil. L’ambiance du départ est très particulière. Sur le visage des
concurrents se lisent et se mêlent excitation et appréhension, décuplées pour certains. », explique
François avant de préciser : « Pour moi, l’UTMB est le véritable championnat du monde de trail : une
centaine de nations y participe et tous les ans, le plateau y accueille également les meilleurs ultra
traileurs au monde. Quand on s’adresse à quelqu’un sur les sentiers, on ne sait jamais dans quelle
langue on va tenter d'échanger. L’organisation, parfois décriée, est pourtant vraiment extraordinaire
et la sécurité est bien assurée. »


Une gestion de course exemplaire


« Mon objectif était avant tout de terminer, témoigne François, mais je voulais aussi finir en courant .
Anticipant une fin de course difficile, j’ai joué la prudence sur les 140 premiers kilomètres. Du coup,
j’ai pu me lâcher et finir à 12 km/h sur les dernières descentes, remontant 260 concurrents. Pour moi,
la vraie réussite, l’accomplissement est là.» Une gestion de course d’autant plus remarquable que les
conditions n’étaient pas toujours optimales.
« Les conditions météo étaient contrastées, quelquefois favorables, mais des températures sur les
cimes ressenties à – 15 °C, une pluie parfois battante et, du coup, des concurrents en hypothermie, j’ai
vu de nombreuses chutes dues à la boue», souligne-t-il. Au bout de 44 heures 21 minutes, soit 1h15
de moins que ce qu’il pensait faire, c’est un soleil resplendissant et bienvenu qui l’accueille à
Chamonix. « L’arrivée était extraordinaire, les spectateurs tapaient sur les parois de polystyrène qui
bordaient les cent derniers mètres du parcours. Le bruit était d’autant plus assourdissant que, sur la
durée de la course, j’avais été seul une grande partie du temps dans le silence de la montagne», se
souvient François.


Minutieux, une préparation qui ne laisse rien au hasard


Qui connaît Frouny et a eu la chance de courir à ses côtés, sait que tous les aspects de sa préparation
sont minutieusement calculés, évalués, avec une attention accrue sur l’alimentation et l’hydratation.
« L’assistance personnelle sur l’UTMB est limitée à 5 endroits seulement. On se retrouvait avec ma
"team", mon assistance était composée de Joséphine et Dominique que je remercie "à donf" pour leur

implication totale et sans faille. Mais aussi deux coureurs du club, Claudie et Jean-Michel, dont le
soutien amical fut si précieux. Affectivement j’étais au top… je ne me donnais pourtant que quelques
20 % de chance de « boucler », c’est tellement imprévisible un Ultra trail. Pas besoin de bâtons cette
année, mais des vêtements parfois nécessaires. Ma team était là pour me donner les mini sacs
préparés avec la nourriture pour l’étape suivante. Les ravitos officiels ne me servaient que pour l’eau.
Je reconstituais ensuite les boissons isotoniques de l’effort avec des poudres réparties dans les flacons
qu’utilisent les laboratoires pharmaceutiques. » Le poids total de son sac oscillait entre 3 et 5 kilos,
en fonction de la quantité d’eau nécessaire et du matériel obligatoire minimum, centré sur la
sécurité, est adapté à l’épreuve.
Côté préparation, François avait démarré la dernière phase, la partie spécifique, en mars. Son
problème au tendon d’Achille ne lui a permis de réaliser qu’un gros tiers du programme prévu, soit 6
à 10 heures hebdomadaires plus 5 "week-ends choc" de 10/12 heures chacun et aussi un ultra de
« part chez nous », L’Ultra Draille du Pic Saint Loup, pour se faire la main. Au menu : des sorties qui
comprennent de la course, sans VMA mais avec du seuil en trail, avec un important dénivelé positif
et négatif, des descentes longues et techniques, et même de la marche rapide avec bâtons, quelques
séances de gymnastique, un peu de vélo pour la récupération et, surtout, des sessions de
reconnaissance du terrain de la course. « J’ai beaucoup couru en montagne et sur place, et donc
souvent de nuit. Je connais le trajet par cœur. En 2014, j’avais fait la CCC qui correspond aux 101
derniers kms du parcours de l’UTMB. Le dénivelé négatif peut faire très mal sans bonne préparation.
En Août, à Val d’Isère, je montais sous les pylônes des télécabines pour être dans des conditions
vraiment "techniques", je descendais le plus rapidement possible. L’année dernière et cette année, je
suis allé aussi à Chamonix en Juillet. J’ai découpé la course à venir en 3 séquences, que j’ai
exclusivement menées de nuit, pour éviter la très forte chaleur. Il restait fin août à enchaîner… ! 
En guise de "récupération", quelques semaines plus tard, François accompagnait des coureurs du 100
kilomètres de Millau en tant que meneur d’allure 12 heures. Cabochard comme jamais, souvent
solitaire sur les courses ou à l’entraînement, l’ultra traileur se montre aussi généreux dans ses
conseils, son partage d’expérience.
Il souhaite d’ailleurs y consacrer davantage de temps, notamment au sein de Jogging Castelnau, club
de ses débuts en course à pied, il y a dix ans seulement. « Mon premier objectif était de rester en
forme. J’avais fait du vol libre, deltaplane et du ski, quelques randonnées, sans passion, et un peu de
vélo. J’ai suivi les membres du Club, Claudie et Jean-Michel m’ont donné envie de faire du long.
Rapidement, j’ai intégré les notions théoriques, fréquence cardiaque par exemple, à mon
entraînement. Puis je me suis plongé rapidement dans de nombreux livres et sur le web. Au cours de
cette première saison, j’avais couru deux marathons. »
Pour le moment, François se dit « serein et apaisé », l’UTMB est pour lui un aboutissement sur le plan
sportif. Pourtant, à l’évocation du Népal et d’une course organisée par le champion Dawa Sherpa,
son regard s’anime déjà un peu vers de nouveaux horizons.